Jean Fautrier Français, 1898-1964

Présentation

« Jean Fautrier est un peintre de blessures — sa série des Otages a transformé l'horreur de l'Occupation en matière, témoignant avec une force morale et esthétique incomparable. »

Jean Fautrier (1898–1964) est un peintre et sculpteur français dont l'œuvre anticipe à la fois l'Art Informel et l'Arte Povera. Sa célèbre série des Otages, commencée pendant l'Occupation allemande et exposée pour la première fois en 1945, a transformé l'atrocité en matière : des surfaces épaisses et incrustées de pulpe de papier et de peinture, oscillant entre figuration et abstraction. Reconnu comme un précurseur de l'avant-garde européenne d'après-guerre, ses œuvres sont conservées au Centre Pompidou, à la Tate Modern et dans de nombreuses collections internationales.

Biographie

« Ce que je cherche, c'est une façon d'inscrire l'horreur sans la représenter — rendre la souffrance tangible à travers la pure matière. »

Jean Fautrier naît le 16 mai 1898 à Paris. D'une précocité exceptionnelle, il est admis à la Royal Academy of Arts de Londres à l'âge de quatorze ans. Il combat durant la Première Guerre mondiale, et l'expérience de la violence laisse une empreinte durable sur sa sensibilité. Dans les années 1920 et 1930, il travaille comme peintre et aubergiste dans les Alpes, produisant des œuvres figuratives sombres et sensuelles qui attirent l'attention des marchands et des collectionneurs.

Le tournant décisif survient pendant la Seconde Guerre mondiale. Caché dans une clinique psychiatrique à Châtenay-Malabry pour échapper à la Gestapo, Fautrier peut entendre les bruits d'exécutions dans les bois voisins. Il commence alors la série des Otages : des compositions aux couches épaisses construites à partir de pulpe de papier, de plâtre, de blanc de plomb et d'huile, où des têtes à peine lisibles émergent de surfaces incrustées et blessées. Exposés à la Galerie René Drouin en octobre 1945, les tableaux provoquent autant de controverse que de fascination. Le texte de catalogue de Jean Paulhan, Fautrier l'enragé, leur donne leur cadre critique.

Fautrier développe ensuite cette approche matérielle à travers de nombreuses séries, dont Objets et Nus. Il reçoit le Grand Prix de peinture à la Biennale de Venise en 1960. Il décède le 21 juillet 1964 à Châtenay-Malabry.

Bibliographie

Expositions majeures : Galerie René Drouin, Paris (1945, Otages) ; Centre Pompidou, Paris (1989, rétrospective) ; Tate Modern, Londres ; Biennale de Venise (Grand Prix, 1960).

Œuvres dans les collections publiques : Centre Pompidou, Paris ; Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris ; Tate Modern, Londres ; Kunsthalle Hambourg ; Musée des beaux-arts de Lyon.

Bibliographie sélective : Jean Paulhan, Fautrier l'enragé, Gallimard, 1962 ; Dominique Clévenot, Jean Fautrier, Cercle d'Art, 1997.